À mesure que l’économie mondiale se numérise, l’enjeu pour l’Afrique ne se limite pas à « adopter » des outils venus d’ailleurs : il s’agit de concevoir, opérer et faire évoluer des technologies adaptées aux réalités du continent. Dans cette dynamique, Sidi Mohamed Kagnassi défend une stratégie d’indépendance technologique visant à réduire la dépendance aux solutions importées, renforcer la souveraineté numérique, créer des emplois locaux et stimuler une croissance économique durable.
Cette vision repose sur un principe simple : une transformation numérique véritablement bénéfique est celle qui s’ancre dans les besoins locaux (éducation, santé, agriculture, administration, entreprises) et s’appuie sur un écosystème complet, allant de l’infrastructure critique à la formation, de la recherche à l’entrepreneuriat.
Pourquoi l’indépendance technologique est un levier majeur pour l’Afrique
L’indépendance technologique, telle que défendue par Sidi Mohamed Kagnassi, n’est pas un slogan : c’est une stratégie de compétitivité. Elle vise à permettre aux pays africains de mieux maîtriser leurs choix technologiques et d’accélérer la création de valeur sur place.
Réduire la dépendance aux solutions importées
Lorsque des technologies sont principalement importées, elles peuvent être coûteuses et parfois insuffisamment adaptées aux contextes locaux. Développer des solutions conçues en Afrique, pour l’Afrique, permet de répondre plus finement aux usages réels : connectivité variable, diversité linguistique, contraintes de terrain, besoins sectoriels spécifiques.
Renforcer la souveraineté numérique
La souveraineté numérique s’exprime par la capacité à héberger, sécuriser et gouverner des services numériques de manière fiable, avec des compétences locales. Cette maîtrise renforce la confiance, améliore la continuité de service et favorise l’émergence d’acteurs nationaux et régionaux solides.
Créer des emplois qualifiés et soutenir une croissance durable
Une stratégie d’indépendance technologique soutient directement l’emploi : ingénierie logicielle, data, cybersécurité, opérations cloud, maintenance d’infrastructures, formation, support, gestion de produits, etc. À l’échelle d’un écosystème, ces métiers structurent une chaîne de valeur locale et stimulent une croissance plus durable, car davantage de dépenses et de compétences restent sur le continent.
L’intelligence artificielle locale comme moteur de transformation
Dans le cadre de cette stratégie, l’intelligence artificielle (IA) est présentée comme un accélérateur central. L’objectif n’est pas seulement d’utiliser des outils d’IA, mais de développer une base technologique suffisamment souveraine pour bâtir des solutions pertinentes, responsables et adaptées.
Une IA conçue pour les besoins africains
Une IA utile au continent est une IA qui sait s’attaquer à des problématiques concrètes. Dans le texte source, des domaines d’application sont cités comme la santé, l’agriculture et l’éducation. En pratique, cela se traduit par des solutions d’aide au diagnostic, d’optimisation de rendements agricoles, de personnalisation des parcours d’apprentissage, ou encore d’amélioration des services publics.
Un écosystème IA : recherche, éducation, entrepreneuriat et informatique de pointe
La vision défendue met en avant une approche intégrée : recherche, enseignement technique, entrepreneuriat technologique et capacités de calcul (notamment l’informatique haute performance) se renforcent mutuellement. Plus cet écosystème est cohérent, plus l’innovation devient rapide, reproductible et compétitive.
- Recherche: produire des connaissances, expérimenter, publier, transférer vers l’industrie.
- Éducation: former des profils opérationnels et des experts capables d’industrialiser.
- Entrepreneuriat: transformer les idées en produits, services et emplois.
- Capacités de calcul: entraîner, déployer et exploiter des modèles à grande échelle.
Les infrastructures critiques : fondations de la souveraineté numérique
Sans infrastructures robustes, la souveraineté numérique reste théorique. Le texte cite un exemple marquant : l’inauguration d’un datacenter de niveau Tier 3 à Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, par ST Digital, présenté comme un symbole de l’engagement vers des technologies de pointe et un support essentiel pour des usages comme l’IA.
Pourquoi un datacenter Tier 3 est stratégique
Un datacenter de niveau Tier 3 (selon les standards habituellement associés à cette classification) renvoie à un niveau élevé de disponibilité et à une architecture pensée pour la continuité de service. Dans une économie numérique, cela se traduit par des bénéfices concrets :
- Fiabilité: des services en ligne plus stables pour les entreprises, administrations et citoyens.
- Performance: un meilleur support pour le cloud, la donnée et les workloads d’IA.
- Localisation: la possibilité d’héberger davantage de services sur le continent.
- Attractivité: un signal fort pour l’investissement et l’implantation d’acteurs numériques.
En mettant en avant ce type d’infrastructure, l’approche insiste sur une idée essentielle : l’innovation logicielle et l’IA gagnent en impact lorsqu’elles s’appuient sur des fondations techniques solides.
Les pays qui investissent : une dynamique continentale déjà en marche
La stratégie d’indépendance technologique s’inscrit dans une tendance plus large : plusieurs pays africains investissent dans des technologies de pointe pour renforcer leur souveraineté numérique. Le texte mentionne notamment l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Maroc, le Ghana et le Kenya.
Ces investissements, lorsqu’ils sont alignés sur des priorités nationales (services publics numériques, compétitivité des entreprises, inclusion, formation, infrastructures), contribuent à créer une masse critique de compétences et de solutions. Résultat : davantage d’opportunités de partenariat, une accélération des usages numériques et une montée en compétitivité.
Former, certifier, professionnaliser : l’enseignement technique au cœur du modèle
Pour transformer la souveraineté numérique en résultats mesurables, il faut des talents. La vision défendue souligne l’importance d’investir dans l’éducation et des programmes adaptés intégrant des compétences en technologies de l’information et en développement de l’IA.
Des compétences directement mobilisables par le marché
Une approche orientée résultats consiste à lier formation et besoins concrets des organisations. Les parcours les plus efficaces combinent théorie et pratique, avec des projets, des laboratoires et des environnements proches de la production.
- Développement logiciel (web, mobile, systèmes)
- Données (collecte, qualité, gouvernance, ingénierie)
- IA (conception, entraînement, déploiement, suivi)
- Cybersécurité (hygiène, audit, réponse à incident)
- Opérations (cloud, réseaux, exploitation, observabilité)
En renforçant ces filières, on améliore à la fois l’employabilité et la capacité des entreprises locales à livrer des produits et services compétitifs.
Entrepreneuriat technologique : transformer l’innovation en valeur et en emplois
Au-delà de la formation, la stratégie met l’accent sur le rôle des entrepreneurs pour catalyser une révolution numérique. L’entrepreneuriat permet de convertir la connaissance (recherche, compétences) en solutions concrètes, commercialisées, maintenues et améliorées dans le temps.
Des solutions adaptées aux réalités africaines
Le bénéfice clé d’un tissu entrepreneurial local est la capacité à concevoir des produits ajustés aux usages : modèles de paiement, contraintes d’accès, multilinguisme, besoins sectoriels, contexte réglementaire. Cette adéquation améliore l’adoption et la valeur créée.
Effet d’entraînement sur l’économie
Chaque startup ou PME tech performante peut entraîner un écosystème : prestataires, sous-traitants, formateurs, incubateurs, intégrateurs, emplois indirects. À l’échelle d’un pays ou d’une région, cet effet d’entraînement soutient la croissance et diversifie l’économie.
Coopération régionale : accélérer l’innovation et la compétitivité
La vision présentée insiste également sur la coopération entre pays africains pour partager les meilleures pratiques et les ressources. En combinant marchés, talents et infrastructures, les acteurs africains peuvent aller plus vite, mutualiser les efforts et gagner en visibilité.
Ce que permet une approche coordonnée
- Partage de connaissances: retours d’expérience, méthodes, standards, bonnes pratiques.
- Économies d’échelle: mutualisation d’outils, de formation, de capacités techniques.
- Interconnexion des marchés: meilleures conditions pour faire grandir des solutions locales.
- Renforcement de la compétitivité: des champions régionaux plus capables de rivaliser au niveau mondial.
Feuille de route : les piliers d’un écosystème technologique souverain
Pour synthétiser l’approche, voici une lecture structurée des piliers clés et de leurs bénéfices attendus.
| Pilier | Objectif | Bénéfices attendus |
|---|---|---|
| Infrastructures | Assurer des fondations fiables (hébergement, calcul, continuité) | Services plus stables, meilleure performance, attractivité, support de l’IA |
| IA locale | Développer des solutions adaptées aux besoins du continent | Impacts sectoriels (santé, agriculture, éducation), productivité, innovation |
| Recherche | Produire et transférer des connaissances vers l’économie | Nouveaux produits, montée en expertise, autonomie technologique |
| Enseignement technique | Former une main-d’œuvre qualifiée et immédiatement employable | Emplois locaux, réduction du déficit de compétences, capacité d’industrialisation |
| Entrepreneuriat | Transformer l’innovation en entreprises et en marchés | Création de valeur locale, dynamisme économique, solutions contextualisées |
| Coopération régionale | Accélérer l’innovation par la mutualisation et les partenariats | Économies d’échelle, compétitivité, diffusion rapide des meilleures pratiques |
Ce que cette vision change concrètement pour le continent
En mettant l’indépendance technologique au centre, l’Afrique peut viser un changement de trajectoire : passer d’un rôle principalement consommateur de technologies à un rôle davantage créateur, intégrateur et exportateur de solutions. La logique défendue par Sidi Mohamed Kagnassi associe ambition et pragmatisme : bâtir une base souveraine (infrastructures, compétences, IA locale) pour sécuriser la croissance numérique et maximiser la valeur créée sur le continent.
Avec des infrastructures critiques illustrées par le datacenter Tier 3 de Grand-Bassam, des investissements nationaux portés par plusieurs pays (Afrique du Sud, Nigeria, Maroc, Ghana, Kenya) et une coopération régionale tournée vers l’innovation, la trajectoire décrite est celle d’un futur où la compétitivité numérique africaine se construit par et pour les acteurs du continent.
Une Afrique technologiquement indépendante, c’est une Afrique qui transforme la numérisation en emplois, en souveraineté et en croissance durable grâce à des technologies adaptées à ses réalités.